Historiques

DIOCESE DE LOKOSSA

Erigé le 14 Mars 1968

L’histoire des peuples du Mono et du Couffo à grands traits et quelques défis actuels

        Ce que l’on sait à l’heure actuelle de l’histoire des villages du Mono et du Couffo incite à donner raison au professeur Emmanuel KARL qui pense que ces deux départements sont  »un lieu d’exil » ou un  »deversoir » de personnes et de communautés humaines qui désirent échapper  à une discipline nationale.

En effet, les travaux d’histoire des grands séminaristes de Ouidah publiés en Juillet 1968 à l’occasion de l’ordination épiscopale de Mgr Christophe ADIMOU, premier évêque de Lokossa , illustre, dans ne large mesure, l’intuition du professeur KARL.

Ainsi, on comprend que le fondateur d’Agoué, un certain Comlangan, aurait fui d’Aného en Avril 1821 après sa défaite dans le combat qui l’opposait à Akouété Zangli Georges Lawson.

Dans le même chapitre, on évoque l’histoire de la fondation de Grand-Popo, Athiémé, Lokossa, Sè, Lobogo, Comé et Guézin d’une part, Azovè et Dogbo d’autre part.

Faute d’informations, on a fait, à l’époque, la part belle au Sud du Mono au détriment du Nord.

Pour la Nouvelle Evangélisation

L’érection d’un nouveau diocèse au sein d’une Eglise locale est une reconnaissance de la maturité de la vie de foi et de la capacité d’administrer une portion de la Communauté Chrétienne.

Il en était temps pour l’ancien département du Mono dont la plus ancienne paroisse a été fondée en 1874. Le 24 Juin 1883, le Pape Léon XIII érigea Agoué en Préfecture Apostolique, allant de la Volta à l’Ouémé-Kpara, avec le Père Ménager comme premier Préfet. Avec l’érection de Ouidah en Vicariat apostolique le 15 Mai 1901, Agoué ne sera plus le siège de la catholicité du Dahomey. Le Mono ne deviendra diocèse qu’en Mars 1968, 94 ans après la fondation de la première Paroisse à Agoué.

Le diocèse de Lokossa : 50 ans après sa création.

Le diocèse de Lokossa est érigé le 14 mars 1968. Il eut comme premier pasteur Son Excellence Mgr Christophe ADIMOU (1968-1972), comme deuxième pasteur Son Excellence Mgr Robert Codjo SASTRE (1972-2000). Depuis le 04 novembre 2000, c’est Son Excellence Mgr Victor AGBANOU, troisème évêque du diocèse qui paît le troupeau de Dieu au Mono et au Couffo.

Après le jubilé d’or du diocèse, nous publions ici un extrait d’une conférence du Père Christophe LOKOSSA : « Le diocèse de Lokossa : 50 ans après sa création »

« C’est en novembre 2018 que nous avons conclu les célébrations du jubilé d’or du diocèse par l’implantation de la croix du jubilé au sanctuaire diocésain de Tchanvédji. L’événement n’est pas sans signification pour nous, puisque l’étendard de la croix apporté par les missionnaires à la plage de Ouidah en 1861 embrassait tout le Dahomey d’alors, ou le Bénin d’aujourd’hui. C’est cette croix lumineuse qui a été implantée, comme symbole de la nouvelle mission dans le contexte de la nouvelle évangélisation. La nouvelle évangélisation fait penser à la première évangélisation. Celle-ci est le temps des semeurs, je veux dire le temps des missionnaires ; mais ce qui nous préoccupe est le temps de la moisson, c’est-à-dire le temps où les efforts des missionnaires ont porté à maturité, par la relève missionnaire, à travers l’établissement de la hiérarchie autochtone dans la portion des Eglises locales. Après la création du diocèse Lde Cotonou le 14 septembre 1955, la relève missionnaire était assurée en 1960 à la mort de Mgr Louis Parisot. Ainsi suivront d’année en année cette relève missionnaire. Les prêtres autochtones seront élevés à l’épiscopat : le diocèse d’Abomey (5 avril 1963). Après l’établissement de la hiérarchie autochtone dans le diocèse de Porto-Novo le 19 décembre 1970, le diocèse de Lokossa semble être du reste. Par division du diocèse de Cotonou, le diocèse de Lokossa est érigé le 14 mars 1968.

C’est ainsi que Sa Sainteté le Pape Paul VI, dans sa lettre datée du 3 juillet 1968, accordait une large bénédiction apostolique au nouvel élu[1]. Et le télégramme de la Propaganda Fide de renchérir en offrant ses meilleurs vœux de prospérité au premier évêque, au clergé et fidèles du diocèse[2]. Après 50 années de marche de l’évangélisation de ce diocèse, nous pouvons à juste titre y jeter un regard rétrospectif pour évaluer les fruits de cette bénédiction apostolique de l’Eglise locale toujours en marche, toujours en train de croître, toujours en train de relever les grands défis d’évangélisation. Mgr Victor AGBANOU écrivait récemment dans une interview dans le bulletin diocésain du jubilé : « les défis en évangélisation ne sont pas toujours relevés une fois pour toutes. C’est un travail incessant et persévérant qui nécessite, patience et veille »[3] dans une continuité inévitable.

  • Les débuts de la création du diocèse.

Le nouveau diocèse de Lokossa correspond au département du Mono d’alors, et du Couffo d’aujourd’hui.  Il est limitrophe du Togo avec une superficie de 3.800Km2, mais qui compte une population très dense d’au-moins 340.401 habitants[4]. Avec la nouvelle création, une impulsion nouvelle va être donnée à l’élan missionnaire par le geste du Pape Paul VI qui nous donne un Père et un pasteur. Par la nomination de Mgr ADIMOU, l’attente était comblée ce jeudi saint de 1968. Il retrouve 10 paroisses desservies par 14 prêtres, 25 religieuses, 57 catéchistes, d’après les statistiques officielles[5].   Du diocèse de Cotonou, le nouvel élu sera sacré évêque à Ouidah le 25 juillet 1968, et intronisé à Lokossa le 26 juillet. Les représentations ecclésiales régionales et françaises étaient à la taille de l’événement[6] et montraient la collégialité épiscopale et la communion fraternelle africaine. Au lendemain du sacre, l’actuelle maison des sœurs de Saint Augustin servait de résidence provisoire à Mgr ADIMOU. C’est de là qu’il restera pour faire face aux défis de l’évangélisation. Très vite, il construit l’évêché, avant d’être transféré à Cotonou en juin 1971. Il laisse à ce jeune diocèse de 344.006 habitants, 11 paroisses, 20 prêtres, 36 religieuses, 1 frère, 52 catéchistes[7].

  • La pastorale des vocations sacerdotales et religieuses

La pastorale des vocations sacerdotales

Le Mono d’alors reste une terre d’espérance féconde en vocations du plateau waci jusqu’au plateau adja. A la prise en possession du nouveau diocèse par Mgr ADIMOU, il trouvera, « 47 séminaristes, dont 10 grands et 37 petits…. »[8] Le prélat prendra conscience de ces fleurs qui promettent un bel avenir pour le diocèse. Elles seront la prunelle de ses yeux. Voilà pourquoi, au lendemain de son sacre, il a fait sortie deux circulaires pour mettre en priorité dans son plan pastoral la promotion des vocations sacerdotales et religieuses[9]. Il n’hésita donc pas à faire de son évêché un pré-séminaire dans les années 1970. Pour mémoire, les dortoirs étaient dans l’enceinte actuelle de la maison des « sœurs de Génésareth »[10], et les séminaristes venaient au cours dans les bâtiments de l’évêché. Une génération de prêtres sont passés par là : les abbés Jean Kuis, Salomon, Sèbo Félicien…… Avec les mutations, le petit séminaire sis à l’évêché sera déplacé à Adjatopka en 1975.

Cette pastorale des vocations sera amplifiée par Mgr Robert SASTRE, qui comme le père Gauthier ira à la recherche des vocations. Les ordinations sacerdotales seront faites dans les paroisses des ordinands pour donner plus de visibilité et susciter des vocations. Cet effort constant sur plus de deux décennies accroit le presbyterium. Il laissa au diocèse en l’an 2000, un presbyterium fleuri de 73 prêtres autochtones[11].

Mgr AGBANOU lui emboitera certes les pas avec la même ardeur. Professeur de séminaire pendant 18 ans, il restera fidèle aux exigences de la formation des formateurs. Il resta plus soumis aux décisions du conseil des formateurs sur les candidats, tandis que son vénéré prédécesseur restait plus libre. Le contexte de sécularisation de l’Occident n’épargne pas les vocations de chez nous. Une pastorale de visibilité et de proximité des cérémonies de collation des ministères a été reprise à partir de 2015 pour que toujours les rives du Mono et du Couffo soient une terre d’espérance de vocations. Au jubilé d’or du diocèse, en 18 années de son ministère épiscopal, nous avons : 182 prêtres, 49 grands séminaristes[12]. En parlant des vocations sacerdotales, n’occultons pas de vue les efforts entrepris des pasteurs pour promouvoir les vocations religieuses.

L’œuvre des vocations religieuses

La promotion des vocations religieuses était une priorité dans le plan pastoral du premier pasteur. A la création du jeune diocèse, il retrouve 25 religieuses de 4 Congrégations : Notre Dame des Apôtres, les Petites Servantes des Pauvres, les Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus, les Sœurs de la Sainte Famille de Grillaud[13] qui oeuvrent dans la catéchèse, l’éducation des jeunes filles, et le soin aux malades. A partir du 05 octobre 1969, Mgr ADIMOU accueille les sœurs Dominicaines à Lokossa (qui ont célébrées le jubilé d’or de leur arrivée dans le diocèse), le 09 novembre 1969 les religieuses hospitalières de Beaune à la léproserie de Madjrè.

Mgr Robert SASTRE, déjà comme prêtre, disait en guise de préface à la revue trimestriel n°14 de Juin-Juillet 1968 de La Voix de Saint Gall que le Mono, vu ses potentialités matérielles et humaines n’a pas encore dit son dernier mot. Contemplatif de la vie, l’abbé SASTRE devenu évêque, donnera un tournant pastoral dans sa sollicitude à la vie religieuse et consacrée. Par les débuts simples sur le site de l’ancien séminaire près de l’évêché qu’il baptisa « Génésareth », il initia la vie religieuse par les jeunes filles qui ont fait leurs premiers vœux le 02 février 1992 dans l’Institut naissant des sœurs de la Lumière du Christ (SLC). En l’an 2000, pendant qu’il rentrait dans l’Eucharistie éternelle, il laissa à son successeur, 60 religieuses SLC[14].

La tâche ne sera pas facile à son successeur, Mgr Victor AGBANOU, qui devra s’occuper à la fois des prêtres et des religieuses diocésaines. Il instituera une aumônerie pour s’occuper des sœurs, en les préparant à s’auto prendre en charge tant dans une auto prise en charge matérielle que dans l’autonomie de l’Institut. Dans la sagesse, il les conduit jusqu’à leur chapitre général qui s’acheva le 06 août 2018, où elles ont élu leur supérieure générale, Mère Nadine ADJAGBA. L’institut qui a déjà 25 ans compte 118 religieuses, 12 novices et postulantes.[15]

En bref, tous les prélats, chacun selon son charisme, ont œuvré pour l’évolution des indicateurs pastoraux du diocèse qui se présentent cette année comme suit : 182 prêtres, 57 paroisses, une trentaine de communautés religieuses dont les frères Capucins de Klouékanmè, les institus ou congrégations religieuses (SLC, SSA, OCPSP, DOMINICAINE, CONSOLATA, PADRE PIO, OBRA DE MARIA), un Grand Séminaire National Monseigneur Louis PARISOT à Tchanvêdji, environs 29.338 fidèles, 7.842 catéchumènes, et 1.218 catéchistes.

Le diocèse de Lokossa, diocèse dont on sait qu’il englobe aujourd’hui, au plan administratif, deux entités départementales : le Mono et le Couffo, a aujourd’hui plus que jamais besoin du zèle des uns et des autres pour que la lumière du Christ l’enveloppe tout entier. Car les catholiques ne représentent encore que 4% de la population totale du diocèse qui s’élève à 1.237.202 habitants environ.

L’auto prise en charge n’est pas un nom abstrait, elle est une réalité tant pour les religieuses autochtones SLC que pour les prêtres. Mgr Robert SASTRE avait déjà commencé par initier les religieuses SLC à la vie agricole/champêtre. Il croyait en la capacité de l’homme de pouvoir tirer de la terre toutes ses potentialités pour être indépendant.

L’auto prise en charge n’est pas un nom abstrait

Mgr AGBANOU ira aussi dans le sens de l’autoprise en charge. Inlassablement, l’évêque réfléchit avec son presbyterium pour les lieux d’investissement et de prise en charge. Des projets ont été initiés, mais n’ont pas survécus. Mais nous pouvons relever à l’actif de l’auto prise en charge des infrastructures en bail de Hillacondji, de Comé saint Michel, ainsi que de Comé Divine Miséricorde avec sa menuiserie, d’Azové, et de la procure de Lokossa ; la réhabilitation du Centre Henri VIGNONDE pour l’accueil et la formation pastorale, ainsi que de la ferme diocésaine de Duimè demeurent une structure génératrice de revenus. Le bilan n’est pas exhaustif.

Le Centre Henri VIGNONDE reste chargé de souvenir tant pour les enfants, les jeunes, les prêtres, les fidèles. Il est un lieu de rassemblement historique des divers mouvements diocésains. En l’an 2000, l’actuel secrétariat de l’évêché est devenu trop petit pour le presbyterium. Le déplacement a été fait dans le grand hall du Centre Henri VIGNONDE. C’est là/ici que l’année 2000 l’évêque échange avec le presbyterium sur la vie du diocèse, l’Eglise comme famille de Dieu. C’est là/ici que les initiatives pastorales sont prises tant avec les prêtres qu’avec le conseil pastoral diocésain. Si l’actuel secrétariat de l’évêché avait servi de lieu de rencontre des prêtres depuis Mgr SASTRE, le hall du Centre Henri Vignonde prendra le relai pour concevoir les projets du diocèse, les projets d’évangélisation. Réaménagé et rénové en 2012, il répond dignement à sa vocation d’accueil et de formation pastorale des fidèles assoiffés d’approfondir leur foi et de connaître le Christ ».

 [1] Cf Eglise de Cotonou, n°6 du 24 Juillet 1968, p.208

[2] Ibid.

[3] « Interview de son Excellence Mgr Victor AGBANOU », in Spécial Eglise de Lokossa, n°56, novembre 2018, p.11

[4] Cf. Missions Catholiques. Afrique francophone, Madagascar, Île Maurice. Départements et territoires français d’Outre-Mer. Annuaire 1968-1969, Dahomey, p.387 ; Cf. Mgr B. GANTIN, « Notre Eglise en marche. Un nouveau diocèse : Lokossa. Un nouvel évêque : Mgr Christophe ADIMOU », in Eglise de Cotonou. n°18, 17 avril 1968, p.94

[5] Cf. Missions Catholiques. Afrique francophone, Madagascar, Île Maurice. Départements et territoires français d’Outre-Mer. Annuaire 1968-1969, Dahomey, pp.387-389 ; cf. « Réalités religieuses », in La Voix de Saint Gall, n°14, Juin-Juillet 1968, p. 53 ; cf. « Interview de son Exc. Mgr Victor AGBANOU», in Spécial Eglise de Lokossa, n°56, novembre 2018, p.10. N.B. La première source mentionne 13 prêtres, tandis que les deux dernières parlent de 14 prêtres. Nous n’avons pas jugé bon de mentionner le nombre de catholiques, parce que les sources ne disent pas les mêmes. L’écart est important entre les chiffres avancés. Selon l’annuaire 1968-1969 le nombre de catholiques est de 34873, tandis que l’Eglise de Cotonou avance 32925 catholiques.

[6] Nous donnons ici une liste des représentations… : Mgr Mariani, délégué apostolique, Mgr Desmazières, évêque de Beauvais, évêques de Lagos, Lomé, Bobo Dioulasso, Ouahigouya, Rabat, Niamey, Atakpamé, Sokodé, Dapango, Abengounou, Evêque auxiliaire de Libreville, Présidents des œuvres Pontificales missionnaires de Paris et de Lyon, Mgr COTTY, V.G d’Abidjan, V.G. de Dakar, Cape Coast, Nkongsamba, V.G de la Congrégation des Pères de Garaison,… Cf. « Le sacre du 25 juillet 1968 », in Eglise de Cotonou, n°6 du 24.07.1968, p.209.

[7] Cf. Missions Catholiques. Afrique francophone, Madagascar, Île Maurice. Départements et territoires français d’Outre-Mer. Annuaire 1972-1973, Dahomey, pp.390-392. Nous incluons ici les deux prêtres camilliens de l’hôptal de Dogbo; cf. La Croix du Dahomey, n°378, juillet-août 1972, p.1.

[8] Cf. Mgr Gantin, « Notre Eglise en marche », Un nouveau diocèse : Lokossa. Un nouvel évêque : Mgr Christophe ADIMOU » in Eglise de Cotonou, n°18 du 17 avril 1968, p. 98.

[9] cf. « Interview à Monseigneur », in La Voix de Saint Gall, n°14, Juin-Juillet 1968, p. 64.

[10] L’ancien pré-séminaire est baptisé de « Génésareth » par Mgr Sastre quand il a commencé à initier la vie religieuse.

[11] Cf. Liste nominative de l’Annuaire de l’Eglise catholique au Bénin. An 2000. pp.127-129.

[12] Cf. P. Marius SEVI, chargé des statistiques du diocèse. Ces statistiques de 2018 sont officiellement envoyées à Rome.

[13] Cf. « Réalités religieuses », in La Voix de Saint Gall, n°14, Juin-Juillet 1968, p. 53.

[14] Cf. Liste nominative de l’Annuaire de l’Eglise catholique au Bénin. An 2000. pp.145-147.

[15] d’après les statistiques de 2018 du service diocésain des statistiques.